Enfants faits main
Mardi 3 juillet, 18h
Enfants faits main
Conférence d’Ariane Poulantzas
Ariane Poulantzas parlera du monde émergeant, foisonnant et troublant, des procréations médicalement assistées. Depuis trente ans, le rythme des innovations technologiques en ce domaine ne faiblit pas. En marge de la conception sexuelle des enfants, avec toute la part d’aléas qu’elle comporte, émerge ce que l’on pourrait appeler une véritable « fabrique des bébés » de plus en plus efficace et précise. Au delà de l’efficacité médicale de ces techniques, qu’en est-il du devenir psychique de ces enfants faits main et, plus généralement, de la société qui les engendre ?
De nombreuses questions se posent du fait des responsabilités nouvelles qui surgissent. La plupart du temps, lors d’une fécondation in vitro (FIV), il reste des embryons que l’on ne réintroduit pas dans l’utérus de la femme. On les appelle les embryons surnuméraires. Ils sont alors congelés. La loi française stipule qu’au delà de cinq ans, les parents sont recontactés et doivent statuer sur le devenir de leurs embryons. S’ils n’ont plus de projet parental, plusieurs options s’offrent à eux : la destruction pure et simple des embryons, le don à la recherche, le don à un autre couple (anonyme). Quelles que soient les positions religieuses des parents, quel que soit le statu ontologique qu’ils accordent à l’embryon en général, ces embryons particuliers (dont la conception a parfois pris des années, a mobilisé une telle énergie, focalisé de tels espoirs) ne sont jamais ressentis comme un simple amas de cellules indifférenciés. Il s’agit bel et bien, dans la tête des parents, de frères et sœurs potentiels des enfants déjà vivants. On imagine alors très bien la difficulté à prendre une décision sereine.
En amont, se pose la question du diagnostic prénatal (DPN) et de ses conséquences. Dans les dernières décennies du vingtième siècle, à peu près en même temps que la légalisation de l’insémination artificielle avec donneur (IAD) et les débuts de la FIV, est apparue le développement de l’échographie. L’échographie a pour but premier de dépister certaines pathologies et malformations du fœtus. Or beaucoup d’entre elles n’étant pas curables, l’objectif principal du DPN est de permettre, comme le précise la loi « pour les cas d’une particulière gravité et incurable au moment du diagnostic » d’interrompre la grossesse et d’éviter ainsi la naissance d’un enfant non viable ou atteint d’un lourd handicap. Il s’agit alors d’IMG (interruption médicale de grossesse) autorisée jusqu’à terme. Décider d’interrompre la grossesse ou de laisser naitre ne peut se faire sans culpabilité.
En aval, la question de l’anonymat du donneur pour les FIV est sujette à débats. Si les Centres d’Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme (CECOS) convainquent les futurs parents de l’importance de l’anonymat du donneur afin que le développement de la relation parent-enfant ne soit pas parasitée par une figure tierce, ils les incitent en même temps fortement à « lever le secret » c’est-à-dire à révéler à l’enfant qu’il est issu du don d’un tiers. Cela sonne presque comme une injonction paradoxale : dire à l’enfant qu’il est issu d’un géniteur… inconnu. Pour les parents, tant que leur position était de maintenir le secret (le fait qu’il y ait eu don), l’anonymat ne posait guère problème. Mais aujourd’hui qu’ils révèlent majoritairement le fait du don, le trouble des enfants face à cette impossibilité à mettre un nom ou un visage sur le donneur, ne peut que rejaillir sur eux. Par ailleurs, on peut se demander si les grands bénéficiaires de l’anonymat ne sont pas les médecins eux-mêmes qui, avec sa levée, risqueraient d’être sommés de « rendre des comptes » sur les choix d’appariement qu’ils ont fait.
Ariane Poulantzas
Ariane Poulantzas, philosophe de formation, est journaliste et documentariste. Elle s’intéresse aux neurosciences ainsi qu’à l’articulation entre les différentes psys (psychiatrie, psychanalyse, thérapies comportementales et cognitives). Elle s’occupe également de questions de bioéthique. En 2008, elle a réalisé Maternité croisée, un documentaire sur la gestation pour autrui. Actuellement, elle prépare deux nouveaux documentaires, l’un sur le don de gamètes en France, l’autre sur l’encadrement juridique du diagnostic préimplantatoire et du diagnostic prénatal.
Ariane Poulantzas a écrit plusieurs articles à propos de bioéthique : Bioéthique : le don en débat (2011) ; Bioéthique : qui doit décider ? (2011) ; L’anonymat dans la procréation médicalement assistée (2011) ; Un jour, mon donneur viendra (2011).




