Exposition « Collages de Jacques Prévert » 

Du 4 décembre au 2 janvier

Bibliothèque publique de Tauragė Birutė Baltrušaitytė

www.tauragevb.lt

 

« Tu ne sais pas peindre ni dessiner,mais tu es peintre  » 
Pablo Picasso à propos des collages de son ami Jacques Prévert

Enfant, Jacques Prévert est rapidement attiré par le monde des images. Le cinéma, les fêtes foraines, le musée du Luxembourg ou celui d’anatomie pathologique Dupuytren nourrissent son imagination, de même que les dessins de presse du Petit journal illustré dont il détache les pages. Jeune homme, il découpe des articles pour les clients du Courrier de la presse où il travaille avec Yves Tanguy. Adulte, il conserve toujours des images, les accumule, les chine aux Puces, à la Foire à la Ferraille, pendant ses promenades sur les quais de Seine, chez les bouquinistes, dans les beaux livres, les vieux magazines, les journaux…

C’est en 1912 que Georges Braque et Pablo Picasso créent les premiers collages, suivi par les dadaïstes puis les surréalistes, que Jacques Prévert côtoie d’ailleurs jusqu’en 1930. Bien que son premier collage connu date de 1943, ce n’est qu’en 1948 _ suite à un accident qui l’empêche quelques temps d’écrire _ qu’il s’engage dans cette nouvelle forme de création artistique qui devient rapidement une passion.

Jacques Prévert aimait dire de ses différents moyens d’expression _ cinéma, littérature, collage _ qu’ils procédaient de la même démarche : l’art du montage. Les amitiés sincères qu’il entretiendra avec nombre d’artistes peintres, illustrateurs, photographes, influenceront également l’ensemble de son œuvre.

 « Il faut remettre en place les choses qui ont été déplacées avant. »

Interview de Jacques Prévert à Antibes, août 1963

Jacques Prévert composait ses collages à partir d’images toutes faites _ cartes postales, reproductions d’œuvres d’art, gravures, images de magazine, photographies prises par ses amis Izis, Brassaï, Villers, Trauner… _, qu’il découpait, recadrait, transformait à sa manière. Leur construction évoque quelque peu une mise en scène théâtrale. Il disposait des personnages prédécoupés sur un décor constitué et les déplaçait jusqu’à ce qu’ils aient trouvé leur place.

Au souci de composition s’ajoutait une vraie préoccupation plastique. Il ne se contentait pas de les assembler mais les travaillait, les transformait avec des coloriages et des rehauts au feutre, au crayon, à l’encre de Chine, en grattait la surface pour fondre des éléments, donner du relief ou des éclats de lumière. Jacques Prévert avait un goût marqué pour les couleurs vives.

Le processus de création de Jacques Prévert revêtait une certaine fulgurance, que l’on peut rapprocher de sa parole, souvent décrite par ses proches comme un extraordinaire flot ininterrompu de jeux de mots, de métaphores et d’associations d’idées. On retrouve ainsi toute la fantaisie de Jacques Prévert dans les titres mêmes qu’il a donné à ses collages.

« Quand quelque chose me plaît, je le découpe et je le mets dans un tiroir […]. Ça reste quelquefois des mois, des années dans mon tiroir, mais je sais que c’est là. Un jour, je trouve un nouveau petit élément et tout à coup, je me dis :  » Mais ça, ça va avec ça ! « .  Alors je m’y mets, les ciseaux, la colle, c’est vite fait. »

Jacques Prévert à son frère Pierre dans le film Mon frère Jacques, 1961

Repères biographiques

1900 Naissance de Jacques Prévert à Neuilly-sur-Seine . 1920 Réalise son service militaire, y rencontre Yves Tanguy et Marcel Duhamel . 1925 S’installe 54 rue du Château à Paris avec son frère Pierre et Yves Tanguy dans une maison louée par Marcel Duhamel, se marie avec Simone Dienne et fréquente le groupe surréaliste . 1930 Rompt avec le groupe surréaliste . 1932 Travaille pour la troupe de théâtre activiste Octobre . 1936 Fin de l’aventure avec le groupe Octobre et multiplication des collaborations comme auteur de scénarios et dialoguiste pour le cinéma . 1940 Réformé, il part dans le midi . 1943 Vit avec Janine qui deviendra bientôt sa femme . 1946 Naissance de leur fille Michèle et sortie de son premier recueil Paroles publié par René Bertelé. S’ensuivent de nombreuses publications notamment avec ses amis artistes peintres, photographes… . 1948 Chute d’une porte-fenêtre dans les locaux de la Radiodiffusion française le plongeant plusieurs jours dans le coma. Début de sa pratique intensive du collage . 1956 S’installe avec sa famille cité Véron à Montmartre . 1957 Première exposition de collages à la galerie Maeght à Paris . 1971 S’installe dans une maison à Omonville-la-Petite (Normandie) . 1974  Devient grand-père d’une petite Eugénie . 1977 Décède à Omonville-la-Petite.

« Jacques s’exprime de plus en plus par les collages, comme il a fait par les poèmes. Mais je pense que ses collages, au fond, sont des poèmes. Et d’autre part, il se rend compte maintenant que certains de ses poèmes sont en quelque sorte des collages de mots, si on veut. »

Propos de René Bertelé dans le film Mon frère Jacques, 1961

On retrouve dans les collages de Jacques Prévert les mêmes thèmes et préoccupations que dans ses écrits. Contrairement aux surréalistes, qui manifestaient dans leurs collages leur volonté de dévoiler l’inconscient, Jacques Prévert invite, par des associations d’images incongrues et des détournements, à repenser le monde tel qu’il est vraiment.

Jacques Prévert procède à une véritable mise à nu du réel pour révéler l’envers du décor. Des images banales, éloignées de leur signification originale et métamorphosées par l’intrusion d’éléments nouveaux, suffisent à faire basculer les stéréotypes, à interroger nos croyances et défaire notre paysage mental. À travers des juxtapositions insolites, surprenantes et curieuses, Jacques Prévert dénonce avec beaucoup d’humour et de véhémence le pouvoir des politiques et de l’Église, la société avec ses injustices, la condition de la femme, des opprimés, des animaux…

Jacques Prévert réalisait aussi de nombreux collages sur des lettres, des cartes postales, des enveloppes qu’il envoyait à ses amis intimes, à ses proches. Il avait également pris l’habitude d’envoyer des livres dédicacés à son éditeur, son galeriste, son imprimeur, ses amis, etc. et d’ajouter sur les premières pages intérieures des dessins, des collages, revisitant parfois la couverture même de l’ouvrage.

Les collages s’intègrent tant et si bien à l’œuvre poétique que son éditeur René Bertelé publia en 1966 le recueil Fatras, juxtaposition de 57 collages et de textes de Prévert. En 1970, Albert Skira édita Imaginaires sur le même principe, avec des reproductions en couleurs de 25 collages. La galerie Maeght sera la première à réunir une soixantaine de collages pour une exposition en 1957.